08-02-2017 - Tanguy Kamp

"What could make Asian companies great again?"

Après 5 années de sous-performance, les marchés asiatiques semblaient enfin retrouver la faveur des investisseurs. L’année 2016 s’était relativement bien passée jusqu’aux élections américaines.

 L’indice MSCI Asie hors Japon était en hausse de 11% (en USD) depuis le début de l’année surperformant enfin les marchés développés. A la suite de l’élection de Donald Trump, il a reculé tandis que ses homologues européens, japonais et surtout américain ont rebondi. (voir graphique).

Performance des indices S&P500 et MSCI Asie hors Japon en USD

Source : Bloomberg

La lecture du programme de Donald Trump n'a rien de réjouissant pour le monde émergent : des droits de douane prohibitifs engendrant un effet négatif très important sur le commerce mondial, une politique favorisant l’Amérique d’abord au détriment de ses partenaires économiques et une politique visant à limiter l’immigration et l’emploi de travailleurs étrangers sur le sol américain. Pour couronner le tout, la hausse du dollar qui a amené le billet vert à son niveau le plus élevé depuis 14 ans est également négative pour les pays émergents car nombreuses sont les sociétés issues de ces marchés à être endettées en USD et toute hausse de ce dernier rend le poids de leur dette plus lourd à porter provoquant ainsi la fuite des investisseurs.

Indice Dollar DXY

Source : Bloomberg

Cependant, à y regarder de plus près, l’élection de Trump pourrait ne pas être si négative pour certaines entreprises issues des marchés émergents.

Si des barrières douanières devaient être mises en place, cela engendrerait des mesures de représailles de la part des partenaires économiques des Etats-Unis et les sociétés américaines se verraient donc appliquer également des barrières pour accéder aux grands marchés domestiques asiatiques. Ceci serait bénéfique pour les entreprises locales leaders dans les secteurs de la consommation. A titre d’exemple, une société comme Hengan (présente dans nos portefeuilles), leader chinois sur les marchés des couches pour enfants et des serviettes hygiéniques et présente uniquement sur son marché domestique pourrait par exemple voir sa position se renforcer ce cas de mesures protectionnistes car parmi ses principaux concurrents figurent entre autres les entreprises américaines Procter & Gamble et Kimberly Clark. Bien sûr dans les faits, ces deux entreprises américaines produisent en Chine en utilisant de la main-d’œuvre chinoise et pourraient donc ne pas subir de taxes douanières. Cependant, en cas de guerre commerciale, il y a fort à parier sur une résurgence du sentiment nationaliste et l’apparition d’un boycott des produits perçus comme non-chinois.

Face à des Etats-Unis qui pourraient opérer un repli sur eux-mêmes, Pékin, qui veut ouvrir l’Empire du milieu et libéraliser son économie, a une carte à jouer. L’abandon du partenariat transpacifique (TPP), mis en avant par Trump lors de sa campagne, est également en passe de donner un élan considérable à la Chine pour renforcer sa prédominance sur la zone asiatique. La récente intervention à Davos du président chinois Xi Jinping plaidant pour le libre-échange va d’ailleurs dans ce sens. Ceci pourrait être très positif pour les entreprises coréennes exportant en Chine (LG H&H , Orion, Amorepacific) et pénalisées ces derniers temps par les menaces de Pékin visant à restreindre les exportations coréennes en Chine et à freiner les échanges entre les deux pays suite aux tensions survenues entre les 2 pays sur le projet THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) qui vise à installer un système anti-missiles à la frontière coréenne.

Performances boursières (en EUR) des entreprises coréennes : LG Household & Healthcare, Amorepacific et Orion Corp

Source :  Bloomberg

La Chine ne peut plus être réduite à être l’atelier de la planète. Des pays comme le Vietnam ou l’Indonésie commencent à prendre le relais. Si la Chine reste très exportatrice et pourrait être quelque peu affectée, rappelons que son modèle économique est en train de changer. Les autorités tentent de réduire la dépendance de l’économie envers les investissements et les exportations afin de donner la priorité à la consommation domestique. Les menaces actuelles concernant la nouvelle politique américaine pourraient bien contribuer à accélérer cette mutation. Des entreprises du secteur des technologies de l’information tournées vers le consommateur final comme Alibaba et Tencent ont d’ailleurs prouvé récemment qu’elles continuaient de croître rapidement même dans un scénario de ralentissement économique.

Les entreprises exportatrices sont bien sûr plus à risque dans un contexte d’augmentation de barrières douanières. Il est dès lors d’autant plus important de se focaliser sur des entreprises disposant d’ importants avantages compétitifs. Par exemple, des entreprises comme TSMC ou Samsung Electronics, bien qu’étant de gros exportateurs vers les Etats-Unis, ne devraient pas se voir trop pénalisées dans la mesure où leurs clients américains tels que Apple ou Qualcomm ne peuvent tout simplement pas se passer de leur technologie dans le domaine des semi-conducteurs. Peut-être devront-ils installer des usines aux Etats-Unis afin de produire ce qui serait destiné au marché américain. Dans ce cas, elles seraient obligées de répercuter cette hausse de prix à leurs clients qui à leur tour la répercuterait sur le consommateur.

Enfin, en tant que bon mercantiliste, Donald Trump pourrait souhaiter plafonner la hausse du dollar qui serait un frein au rebond de l’activité manufacturière des Etats-Unis et qui viendrait impacter la compétitivité des entreprises américaines sur les marchés mondiaux. D’autant plus que le dollar a déjà gagné 45% (voir graphique supra) par rapport à ses plus bas et est relativement surévalué en parité de pouvoir d’achat. Toute baisse du dollar serait évidemment une excellente nouvelle pour les marchés émergents.

Les craintes engendrées par l’élection de Donald Trump sont probablement déjà incorporées dans les cours de bourse des sociétés asiatiques. Rappelons qu’elles ont sous-performé les entreprises américaines depuis 6 ans de près de 90% (voir graphique). En outre, pour 2017, les entreprises asiatiques devraient enregistrer des niveaux records de flux de trésorerie et leur croissance bénéficiaire devrait dépasser les 10%. A titre d’exemple, les flux de trésorerie opérationnels d’une entreprise comme Samsung Electronics pourraient être plus élevés que ceux de Microsoft pour l’année à venir.

Performance des indices S&P500 et MSCI hors Japon en USD

Source : Bloomberg

Les entreprises sur lesquelles nous nous focalisons ont des bilans solides, de belles perspectives de croissance et sont moins cycliques que la moyenne. Nous évitons les entreprises qui ne peuvent pas démontrer un avantage compétitif durable. En conséquence, nos entreprises sont relativement plus chères que la moyenne mais également moins volatiles. Par moment, comme ce fut le cas durant la seconde partie de l’année 2016, le marché recherche davantage les entreprises qui paraissent peu chères, sans aucune considération de la pérennité des modèles d’entreprise de ces dernières. Nos portefeuilles ont donc souffert récemment en relatif principalement suite à la hausse des cours des entreprises liées aux matières premières ainsi que des financières totalement absentes de nos fonds. Cependant, nous continuons à privilégier les valeurs de la consommation qui offrent sur le long terme la meilleure façon de capturer la croissance de ces pays (voir graphique).

Performance des indices MSCI Asia ex Japan Consumer Staples, MSCI Asia ex Japan Discretionary et MSCI Asia ex Japan (en USD)

Source : Bloomberg

Nous avons également une préférence pour les entreprises privées par rapport aux groupes étatiques dont la dette tend à s’accroître. Les actions asiatiques ne sont pas trop chères en terme de valorisation et leur sous-pondération dans les portefeuilles des investisseurs internationaux paraît de plus en plus difficile à tenir.

Tanguy Kamp, Portfolio Manager

Diplômé avec un Master en Ingénieur de Gestion à Louvain School of Management en Belgique, Tanguy complète ses études par un diplôme en Management à l'Université de Lappeenranta en Finlande. Il débute sa carrière en 1999 chez PriceWaterhouseCoopers où il sera en charge de l'audit de banque et de fonds d'investissement. Deux années plus tard, il rejoint la Banque de Luxembourg en tant qu'analyste de fonds. D'emblée, Tanguy se spécialise dans les marchés émergents et c'est en 2005 que la gestion de BL Fund Selection Asia lui est confiée. Pendant 4 ans, il a géré le fonds flexible défensif BL Fund Selection 0-50. En 2013, il a rejoint l'équipe de gestion des fonds d'actions.

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