06-11-2017 - Marc Erpelding

Le fonds BL-Emerging Markets fête ses dix ans – Interview avec son gestionnaire Marc Erpelding

Le fonds BL-Emerging Markets fête son dixième anniversaire. Lancé quasiment au pire moment, le fonds a réussi à naviguer avec succès les hauts et les bas des pays émergents en adhérant à une méthodologie d’investissement claire.

Marc, le fonds BL-Emerging Markets a dix ans : quel est votre bilan personnel ?

Marc Erpelding (ME) : La date de son lancement, en octobre 2007, était vraiment mal choisie, car les titres des pays émergents se trouvaient à cette époque à leur plus haut niveau et lors de la crise financière mondiale, ils ont fortement corrigé. Cependant, si je tire aujourd’hui un bilan de ces dix années, je suis satisfait de l’évolution de la performance du fonds. Nous avons jusqu’à présent atteint notre objectif de dépasser sur le long terme un indice actions comme le MSCI Emerging Markets – avec un niveau de risque nettement moins élevé. Nous avons toutefois eu des difficultés à suivre l’indice au cours des deux dernières années et avons par conséquent perdu une partie de notre avance.

 

À quoi attribuez-vous cette évolution récente ?

ME : Le marché est actuellement dominé par quelques grandes entreprises technologiques. On remarque cette tendance déjà depuis un certain temps aux États-Unis, où des entreprises comme Facebook, Amazon ou Google tirent les marchés à la hausse. Dans les pays émergents, ce sont des acteurs chinois comme Alibaba, Tencent ou Baidu, qui stimulent le marché. Même si nous détenons des titres de plusieurs de ces grandes entreprises, comme Tencent ou TSMC, nous restons toutefois fortement sous-pondérés dans ce secteur – soit pour des raisons de valorisation, soit pour des raisons d’avantages compétitifs. Nous sommes aussi davantage diversifiés pour ce qui concerne la pondération des positions les plus importantes du fonds.

 

Compte tenu des pondérations élevées de ces entreprises dans les indices habituels des pays émergents, celles-ci bénéficient de manière disproportionnée d’un apport de flux financiers dans les stratégies passives. Considérez-vous cela plutôt comme un risque ou comme une opportunité ?

ME : C’est vrai, depuis quelques années, nous observons une tendance incontestable des investisseurs en faveur des stratégies passives, aussi bien dans les pays émergents que dans les autres parties du monde.

Pour un fonds géré de manière active, comme le BL-Emerging Markets, qui comprend une forte proportion de petites et moyennes entreprises et dans lequel près de la moitié des entreprises ne figure pas dans l’indice MSCI Emerging Markets, il est très difficile de suivre l’indice dans ces phases de marché.

Le plus grand danger est que les investisseurs se détournent toujours plus des fonds actifs et que les fondamentaux des entreprises passent alors au second plan. L’entrée d’une entreprise dans les indices les plus importants et sa pondération au sein de ceux-ci s’avèrent alors déterminantes pour l’évolution boursière de cette entreprise. La volatilité de l’ensemble du marché en sera plutôt augmentée que diminuée.

À l’inverse, cette situation représente bien évidemment une opportunité pour les stock-pickers, car la relation entre fondamentaux et performance boursière sera davantage découplée.

 

La possibilité de contrôler les risques du fonds grâce à la proportion d’actions est assurément intéressante. À qui s’adresse le fonds ?

ME : Lors du lancement du fonds, fin 2007, nous avons décidé de nous donner plus de flexibilité quant à la proportion d’actions détenues. Nous voulions proposer un produit qui nous permette, ainsi qu’à nos clients, de pouvoir réagir face aux importants flux de capitaux entrants ou sortants des marchés émergents.

Si les valorisations des actions nous paraissent moins attrayantes, nous diminuons la proportion des actions, jusqu’à un minimum de 60 %. Mais si leur valorisation redevient intéressante, nous augmentons leur proportion et pouvons aller jusqu’à 100 %. Après la faillite de la banque Lehman, à l’automne 2008, nous avons par exemple relevé la part des actions de 70 à 90 %. Elle est aujourd’hui de 75 %.

Cette approche flexible permet d’obtenir un rapport risque/rendement du portefeuille nettement meilleur que celui d’un fonds comprenant exclusivement des actions des marchés émergents.

Le fonds s’adresse donc à des clients qui souhaitent investir sur le long terme et sur un cycle boursier entier.

Pour les clients qui veulent profiter à court terme d’une reprise des actions sur les marchés émergents, il peut s’avérer plus intéressant de choisir un tracker ou un fonds plus cyclique.

 

Dans quelles entreprises investissez-vous ?

ME : Notre société de gestion de fonds BLI - Banque de Luxembourg Investments a mis en place une méthodologie commune pour le choix des titres. L’accent est mis sur la qualité de de chaque entreprise : bon positionnement dans le marché, un avantage concurrentiel durable, une intensité capitalistique faible, un bilan solide, des marges élevées et la rentabilité des investissements effectués par l’entreprise constituent des critères importants. En nous basant sur l’analyse fondamentale de BLI, nous achetons ces actions de qualité, si leur cours offre une marge de sécurité par rapport à notre valeur intrinsèque.

 

Quelles sont les grandes différences avec un indice MSCI Emerging Markets ?

ME : La structure du portefeuille résulte du choix des différents titres et n’est pas liée à un indice de référence.

Compte tenu de notre approche, les entreprises du secteur de l’énergie, des matières premières et de la finance sont rarement présentes dans le portefeuille. Il est par contre fortement surpondéré dans le secteur de la consommation. Ces entreprises possèdent souvent des marques avec une clientèle fidèle, un réseau de distribution très bien fourni et jouissent des économies d’échelle inhérentes. Nous avons également des investissements dans les secteurs des technologies de l’information, de la pharmacie et de l’industrie. Plus de 80 % des entreprises du fonds BL-Emerging Markets sont plutôt des entreprises locales détenant une part de marché dominante et qui s’adressent directement à leurs clients locaux.

Au niveau régional, depuis quelque temps, nous sommes par exemple surpondérés au Brésil et largement sous-pondérés en Inde. Ces positions illustrent notre approche bottom-up, plutôt contre-cyclique. Alors que le Brésil se débat dans des scandales politiques, l’Inde apparaît depuis quelques années comme un « pays refuge ». Ce point de vue top-down impacte également les valorisations des titres de qualité et nous avons par conséquent eu tendance ces dernières années à acheter plutôt des entreprises brésiliennes qu’indiennes.

 

Comment gérez-vous les liquidités et les obligations ?

ME : La pondération des liquidités et des obligations dépend des valorisations des entreprises, comme je viens de l’expliquer. Les liquidités représentent actuellement environ 14 % du fonds et les obligations d’État, 11 %. Pour ce fonds, nous considérons les obligations d’État des pays émergents, qui sont gérées par mon collègue Jean-Philippe Donge, comme un équivalent des liquidités. Les risques de devises (principalement en euros et en dollars US), de durée, de crédit et de liquidité sont par conséquent minimisés.

Les liquidités et les obligations constituent une sorte de tampon, qui soutient le fonds dans les périodes de correction et nous permet ensuite d’acheter des entreprises à un prix plus intéressant. 

Marc Erpelding, Fund Manager

Marc est gestionnaire de fonds chez BLI. Après des études d'ingénieur en génie civil à l'école polytechnique de Zurich, Marc acquiert ses premières expériences dans l'industrie à Zurich et à New York. Après son Master en management au King's College à Londres, Marc a rejoint le département Gestion de Patrimoine de la Banque de Luxembourg en 2002. Marc obtient le titre de CIIA (Certified International Investment Analyst) en 2005 et est responsable pour les actions des pays émergents depuis 2007.

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